31 mars 2005
La Commission européenne vient de lancer une consultation populaire en ligne intitulée « réduire l’incidence de l’aviation sur le changement climatique ». Deux questionnaires sont mis en ligne. L’un à destination des citoyens, l’autre à destination des organisations. Une large participation par le plus grand nombre est souhaitable : le secteur du transport aérien ne manquera pas d’en faire autant, il faut équilibrer la balance… La consultation est ouverte jusqu’au 6 mai 2005 à l’adresse http://europa.eu.int/comm/environment/climat/aviation_fr.htm sous la rubrique « consultations ouvertes ».
25 mars 2005
Une vache européenne reçoit chaque année une aide européenne 120 fois supérieur à celle qui reçoit, sur la même période, un habitant de l’Afrique sub-saharienne. Cela dit, il y a vache européenne et vache européenne. Comme les subventions agricoles européennes sont attribuées au prorata de la superficie des exploitations, de leur production et du nombre de têtes de bétail, les plus gros domaines, dont des grosses sociétés de l'agrobusiness, sont donc les mieux lotis. C'est ainsi que, en 2003-2004, l'Europe a versé à la reine d'Angleterre près de 800 mille euros pour ses domaines de Sandringham et de Windsor. Son fils, Charles, quant à lui, a reçu moitié moins pour son duché de Cornouailles et pour sa ferme de Highgrove.
Ce sont le Times et Oxfam, qui milite pour une réforme de la politique agricole européenne en faveur des pays producteurs les plus pauvres, qui ont obtenu du ministère britannique de l'agriculture la publication de ces chiffres dont fait état Le Monde.
23 mars 2005
Encore un conséquence du tsunami asiatique. Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) vient de confirmer dans un rapport que la catastrophe a aussi provoqué une grave pollution des côtes somaliennes. Les courants marins violents qui ont agité l'océan Indien ont éventré des conteneurs de déchets et en ont déversé «des douzaines» sur les rivages, informe La Liberté de Fribourg.
Le rapport du PNUE est explicite : «Le dumping de déchets toxiques est effréné en mer, sur les rivages et dans l'arrière-pays. Depuis le début des années 90, une quantité incalculable de cargaisons de déchets nucléaires, toxiques, hospitaliers, de cadmium, de plomb et de mercure, conditionnés dans de simples barils, ont été déposées sur le rivage ou simplement immergées au large des côtes somaliennes».
Les dégâts infligés à la Somalie semblent inestimables. Selon le rapport du PNUE, «si les désastres naturels sont des catastrophes de relativement court terme, la contamination de l'environnement par des déchets nucléaires peut causer des effets graves sur la durée (...) pas seulement en Somalie mais en Afrique de l'Est ».
En décembre 1991, un ex-ministre du Gouvernement somalien déchu signait avec la firme suisse Acher et partenaires, basée à Genève, et la firme italienne Progresso, un accord concernant l'envoi de 500 mille tonnes de déchets toxiques par année vers la Somalie, sur une période de 20 ans. Selon l'ancien directeur du PNUE, Mostafa Tolba, ces firmes auraient réalisé dix millions de dollars de profits par cargaison. Dans une interview donnée à la radio publique étasunienne en 1992, Mostafa Tolba dénonçait une «mafia des déchets aussi néfaste que la mafia des ventes d'armes», soulignant que certains de ses collègues au PNUE craignaient pour leur vie s'ils produisaient des témoignages.
Le Gouvernement somalien en exil, l'ONU, des journalistes et Greenpeace rapportent tous des témoignages de déversements de déchets en Somalie, alors que manque toujours un rapport officiel établissant sur place l'étendue des dégâts. L'ONU aimerait envoyer une mission d'enquête mais le sujet est brûlant. Des sociétés européennes ne pourraient plus nier leur responsabilité dans ce trafic de déchets vers l'Afrique. Le tsunami asiatique aurait-il au moins le mérite de mettre à jour ce crime jusqu'ici bien caché ?
18 mars 2005
Des avions-cargos décollent sans discontinuer. Leurs cales sont pleines de filets de perche du Nil, poisson miraculeux permettant de nourrir chaque jour deux millions d’Européens. La perche du Nil a été introduit dans le Lac Victoria à la suite d’une expérience. Sa prolifération a détruit 95 % des espèces indigènes et déstabilisé l’écosystème d’un des plus grands lacs du monde. Les avions qui atterrissent apportent des armes, la prostitution, le sida mais aussi, parfois, l’aide alimentaire. Tout cela se passe à Mwanza, petite ville de Tanzanie, l’un des pays les plus pauvres de la planète. Se révèle alors, au fil de l’eau, une métaphore ironique de ce qu’on appelle le Nouvel ordre mondial. Et se révèle un aspect cauchemardesque des relations entre les cultures et les continents, par le biais des histoires personnelles et des rêves des gens…
« Le cauchemar de Darwin », un film de Hubert Sauper, en salles à partir du 23 mars 2005.
17 mars 2005
Violente répression au Guatémala, deux morts et plusieurs blessés et ordres de capture lancés à l'encontre de vingt dirigeants de mouvements sociaux.
Alors que des manifestants s’étaient réunis pour protester pacifiquement contre l’approbation par le Congrès guatémaltèque de l'Accord de libre échange de l’Amérique Centrale, la police nationale civile et des membres de la police militaire ont violemment réprimé la manifestation. Ces faits extrêmement préoccupants se sont déroulés le 14 mars à la capitale et le jour suivant dans la région de Colotenango.
Selon le rapport du Procureur aux droits de l’homme publié le 14 mars, le Mouvement indigène, paysan, syndical et populaire avait lancé un appel à la grève générale le 14 mars afin de manifester contre l’approbation de l’Accord de libre échange. Cet accord, pour lequel avait été demandé en vain un référendum populaire, porterait notamment un grave préjudice à la production de milliers de petits agriculteurs au Guatemala. Alors que les manifestants étaient rassemblés pacifiquement sur la Place centrale de la ville de Guatemala, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrimogènes. Au terme de la manifestation, différents dirigeants syndicaux ont été victimes d’intimidations diverses. La violence a été encore plus manifeste le jour suivant, sur la route interaméricaine à hauteur de Colotenango, où les affrontements se sont soldés par la mort de Juan López et José Sánchez, deux dirigeants du Comité d’unité paysanne, et de multiples blessés. Des photos et vidéos illustrant ces faits sont disponibles sur le site http://www.freedomsojourn.com/Naranjales.htm.
L'Europe s'élargit à l'est, pourquoi pas à l'ouest, se sont dit une série de personnalités, dont l'ancien président de la République portugaise Mario Soares. Ils vont donc demander au nouveau gouvernement portugais de soutenir l'ouverture de négociations d'adhésion du Cap-Vert à l'Union européenne. Après tout, comme les archipèls portugais des Açores et de Madère et les Canaries espagnoles, les Iles du Cap-Vert font partie d'un ensemble géographique, la Macaronésie, situé au sud-ouest du continent européen et, à la seule exception du Cap-Vert, entièrement intégré à l'espace politique européen. D'aucuns verront dans l'initiative un retour sournois du colonialisme européen. D'autres, une belle possibilité d'élargir des droits politiques, économiques et sociaux acquis dans le cadre européen à des populations qui en ont grandement besoin.
14 mars 2005
René De Schutter nous a quitté
René De Schutter s’est éteint vers minuit dans la nuit de vendredi à samedi en Italie. C’est en ces terres, qu’il aimait tellement, qu’il a voulu entreprendre son dernier voyage : à proximité de ses oliviers, sur les rives du lac Trasimène, à Tuoro, où son enterrement a eu lieu ce dimanche 13 mars 2005.
Un grand homme est parti. Il est parti seul, avec son béret, son écharpe rouge, sa paire de lunettes toujours égarée, son sourire d’éternel adolescent, sa crinière de patriarche qui se moque du temps, de tout mais jamais des gens, qu’il aimait, pour qui il voulait une vie meilleure, plus digne, plus solidaire, plus humaine, il y a consacré sa vie.
Il est parti et on ne résumera pas cela en quelques pauvres lignes. Sa contribution constante, chaleureuse et vivifiante, au Groupe de recherches pour une stratégie économique alternative (GRESEA), dont il a été le fondateur – le papa ! – avec Pierre Galand, Albert Carton et quelques autres syndicalistes et tiers-mondistes en 1978 : c’est lui qui avait été à l’origine de la campagne « Gattastrophe », dans les années nonante, à un moment où personne ou presque ne savait ce que signifie le sigle GATT, altermondialiste avant l’heure.
Ou son travail de syndicaliste socialiste combattant au sein de la FGTB, de 1959 à 1977, notamment pour l’égalité de tous les travailleurs, qu’ils soient d’origine étrangère ou non, pour leur éducation au matérialisme dialectique et à la lucidité politique aussi, comme en témoignent ses « Dix ans de textes à l’intérieur du syndicat » (Editions Contradictions, 1978). Ou encore ses combats aux côtés d’André Renard pour... un autre monde, il est possible, il l’a toujours été pour des hommes comme René De Schutter, penseur dans l’action, défricheur radicalement convaincu qu’il n’existe pas, qu’il ne peut pas exister de pensée unique.
Saluons ce grand homme qui, aujourd’hui, pour paraphraser Loretta Young dans le film de H. C. Potter (1947), est « monté à l’étage ». Au revoir, René.
L’équipe du GRESEA, Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative
09 mars 2005
08 mars 2005
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Triste image que celle venue d'Istanbul ce 8 mars, journée internationale de la femme, sur laquelle on voit des policiers poursuivre et matraquer des femmes qui manifestaient en faveur de leurs droits. Certains y verront une raison de plus pour s'opposer à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. D'autres, par contre, y trouveront encore une bonne raison pour appuyer cette adhésion, de manière à élargir à des populations qui en ont grand besoin les droits acquis dans le cadre européen.
07 mars 2005
L'aide au développement est trop souvent élaborée pour servir d'abord les intérêts des donateurs : 40 % de l'aide fournie par les pays de l'OCDE est liée, ce qui veut dire que le pays bénéficiaire est obligé d'utiliser cette aide pour acheter des marchandises provenant du pays qui paye, souvent à un prix trop élevé. Si cette pratique a disparu de la coopération belge, elle représente 70 % de l'aide de pays comme les Etats-Unis et l'Italie. Cette aide est très souvent hypocrite : on aide d'un côté, et de l'autre on pratique le dumping pour des produits agricoles largement subsidiés par les pays industrialisés. De plus, on impose souvent des conditions déplacées : le Ghana vient ainsi de se voir privé de 100 millions de dollars d'aide parce qu'il a refusé de privatiser son système de distribution d'eau, ce que voulait lui imposer la Banque mondiale. Ce type d'exigence est totalement déplacé.
Stefaan Declercq, secrétaire général d'Oxfam Solidarité, au journal Le Soir, ce 7 mars 2005.



